(Ré)inventer le découpage de son temps

La semaine dernière, une après-midi, après ma petite journée de wwoofing, je me suis posée devant la dernière vidéo d’Iznowgood dans laquelle elle revient sur le saut dans le vide qu’elle a fait il y a quelques années. Elle a quitté le monde de la finance pour se lancer en tant que freelance dans la rédaction web. Elle a quitté un salaire fixe et une place confortable pour vivre des aventures en tant que digital nomad avec son compagnon et lancer sa nouvelle activité. Et elle nous dit qu’elle est plus heureuse ainsi.

Pour tout t’avouer, ça fait quelques mois que j’ai quelques idées de petits projets « à côté » qui me trottent dans la tête. Je trouve du sens à mon métier (prof pour celleux du fond qui n’auraient pas suivi) et j’adore enseigner. A vrai dire, à l’heure actuelle, c’est la relation avec les élèves qui me manque le plus. 🙂 J’adore la curiosité, leurs questions, imaginer des scénarios de leçons ou des séquences dans lesquelles j’insère des petits bouts de mon âme (yuuuk) et de ma passion (aaah, c’est moins creepy d’un coup).

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Mais il y a quand même cette envie de faire autre chose de ma vie. Je ne me vois pas enseigner jusqu’à l’âge de la retraite malgré le confort de l’emploi. Je ne pense pas qu’à 60 ans, j’aurai encore envie de me renouveler comme je le fais actuellement. Et quand on est sur la pente du confort, on a rarement envie de se remettre à chambouler tout, de se remettre en question sans aucune certitude de si ce qu’on a prévu va plaire. 🤷

Dans cette recherche d’équilibre, je me vois bien rester prof pour une partie de mon horaire et faire d’autres activités à côté. Organiser mon temps de manière différente, pas du tout centré autour du travail, ce que j’ai toujours fait jusqu’à présent.

Le Wwoofing a cet avantage de me faire réfléchir à ce à quoi je veux passer du temps. Quand je travaille en tant que Wwoofeuse, j’ai cette double personne en moi: la première qui dit : « Oh, c’est pas très grave, tu peux bien faire ça en plus. » et l’autre qui me dit : « Tu es sûre ? Tu es ici pour un temps limité et tu veux passer plus de temps à récolter/nettoyer/biner/composter (ou autre selon le travail demandé 😜) ? » C’est pareil dans la vie en général : tu es ici pour un temps limité. As-tu envie de passer autant de temps à travailler? Le fais-tu pour toi ou pour les autres? Est-ce que ça t’épuise ou ça te rend heureux.se? Peut-être les deux?

L’autre avantage du Wwoofing, c’est qu’on a un deal à respecter : 30h de travail par semaine en moyenne, environ 6h par jour. C’est ça qui me permet de dire « stop ». Alors qu’en tant que prof, je n’ai aucune contrainte horaire, je peux passer 30h ou 50h par semaine à bosser, personne ne me dit d’arrêter ou me demande de continuer. C’est très difficile à quantifier comme charge de travail tellement c’est aléatoire d’une personne et d’une école à l’autre.

Le jour-même (oui, tous les signes concordaient et me poussaient à écrire cet article apparemment 😂), j’ai reçu un mail de ma banque pour me pousser à ouvrir une épargne-pension. Une phrase m’a particulièrement interpellée. Elle me demandait si j’avais déjà pensé à ce que je ferais lorsque je serai à la retraite au moment de profiter de la vie. J’ai buggé et mon cerveau a freeze pendant quelques secondes. Wait. Je devrais attendre la pension pour profiter de la vie ? Mais non, j’en profite déjà maintenant ! Pourquoi attendre ? Il y a tant d’injonctions à cette vie de dur labeur avant d’obtenir le graal du repos bien mérité. Mais ce n’est pas de cette vie que je veux. 45 ans de travail pour 15 ans de repos, c’est trop cher payé (sans compter sur le fait que je pense qu’il n’y aura plus de pension de retraite comme elle existe à l’heure actuelle quand j’aurai 67 ans).

Je vais donc profiter de cette année off pour me « déprogrammer » de ce point central que sont le travail et la valeur que je m’accorde en rapport avec l’effort que je fournis dans ma vie. Je te le disais en Story Instagram en réponse à la publication d’Asmae sur le capitalisme intériorisé. Il va me falloir du temps pour contrer cette habitude ancrée depuis tellement longtemps dans mon quotidien… Mais c’est le premier pas vers une vie différente !

J’ai envie d’apprendre à réorganiser mon temps, ne pas être productive sans arrêt, me laisser du temps pour moi, me laisser du temps pour hésiter sur ce que j’ai envie de faire. Me laisser du temps pour lire, pour écrire, pour me (re)découvrir.

Et toi ? Comment est-ce que tu réfléchis ton temps ?

4 Comments

  1. Hello,

    Je comprends bien ta réflexion ! Je suis instit’ primaire et même si j’adore mon travail, j’ai du mal avec l’emploi du temps. Oui, mon horaire devant les élèves est réduit, mais il n’est pas rare que je sacrifie des activités le weekend parce que je dois travailler. Pas plus tard que ce matin, j’ai annulé une visite au musée parce que je n’avais finalement pas eu le temps de travailler hier (je viens d’emménager alors j’avais du shopping à faire pour mon installation). Ca me frustre car je travaille déjà pas mal en semaine et quand j’en parle à ma psy, elle me dit que je dois freiner. Je veux bien, mais à un moment, mes corrections et mes prépas ne s’écrivent pas toutes seules -_-‘ Bref, j’espère que dans quelques années, je pourrai lever le pied, pas parce que je ne voudrai plus retravailler ma matière mais parce que j’aurai accumulé du matériel et que ma leçon « de base » sera faite, quitte à la modifier à ma guise mais sans perdre de temps dans l’administratif des compétences et des prépas :p

    Je ne sais par contre pas si je ferai ce métier toute ma vie, car le fait qu’il n’y ai pas de limites claires d’horaire me déplait et j’ai peur de me lasser de revoir chaque année la même chose, même si la manière de l’aborder change. Mais je n’ai pour l’instant aucune piste de ce que je voudrais/pourrais faire d’autre. En Nouvelle-Zélande, j’ai fait du woofing et j’ai aussi travaillé dans une usine de tri de cerises. C’était parfaitement abrutissant (littéralement 12h par jour à trier des cerises qui passaient sur un tapis roulant) mais une prof originaire d’Uruguay me disait qu’elle trouvait que, par rapport à notre métier, ça faisait du bien de faire un peu ça, de ne pas devoir se poser de question une fois que la journée est finie.
    J’ai fait un Erasmus au Danemark et l’organisation était très différente. Suite à une réforme, les profs étaient obligés de prester 8h00-17h00 tous les jours, et étaient sensés effectuer toutes leurs tâches dans le cadre de cet horaire. Le but était justement de leur donner un horaire fixe et que le travail ne déborde pas sur leur vie privée. L’avantage, c’est qu’ils profitaient à 100% de leur vie privée après leur journée de travail et le week-end. Le point négatif, c’était que (de ce qu’ils m’ont dit), la qualité de l’enseignement baissait car ils n’avaient pas le temps de réaliser leurs tâches dans le temps imparti et que donc c’était un retour à l’enseignement frontal (ils ne voulaient pas de la réforme donc en protestation, ils ne travaillent pas en dehors de leur horaire fixe).

    1. Hello Garance ! Merci pour ce beau partage d’expérience !!
      Haha, exactement pour ta psy ! J’ai l’impression que les gens qui nous conseillent ne comprennent pas que ça ne se fait pas tout seul. Et après, tu arrives en classe, tu n’as rien préparé et donc, tu fais quoi? Du coloriage? 🙄 Clair que ça va bien passer tiens…
      J’ai envisagé de faire un bilan de compétences pour avoir une porte de sortie si je ne me lance pas comme auto-entrepreneuse, c’est peut-être une piste que tu pourrais envisager aussi?

      Ton expérience wwoofing me fait bondir car 12H par jour, c’est totalement illégal, c’est supposé être 30h par semaine! j’espère que tu avais une compensation et des jours de congés en rab’ car ça ne te laissait pas beaucoup le temps de profiter du pays en bossant autant… 😵😵

      L’idée est vraiment pas mal au Danemark mais ça aurait du être mis sur pied en collaboration avec les enseignants pour éviter les effets pervers… Quand on travaille en équipe (vraiment, je veux dire, avec une vraie collaboration, un partage des tâches, un regard sur ce que chacun fait et apporte, des critiques constructives…), ça pourrait carrément se faire. Avec moins d’évaluations directes aussi (parce que le temps de correction, ça peut vraiment être long…), c’est une idée qui pourrait être intéressante mais les modalités de mise en pratique doivent vraiment être votées par les concerné-e-s…

  2. Coucou,
    Ton article fait vraiment échos avec ce que je ressens en ce moment avec mon conjoint. J’ai personnellement abandonné le métier de professeur car en effet je n’avais pas d’horaires précises exceptée celles passées devant les élèves. Je pouvais très vite manger mon temps libre à travailler. Je suis à un stade de ma vie où je ne souhaite pas vivre pour mon travail, j’ai abandonné ce job sans filet de secours derrière. Je ne sais pas quoi faire, je suis dans le flou total, cela me fait peur parfois mais je ne regrette pas. Je me suis toujours dit que si mon travail ne me convenait pas alors il faudrait le quitter. Je l’ai fait car l’opportunité s’est présentée et j’en suis franchement heureuse. Il ne me reste plus qu’à trouver ma voie et un boulot qui corresponde à ma manière de vivre. Et non pas l’inverse : adapté ma manière de vivre à mon boulot.

    Bon j’espère que ce que j’ai écrit est clair, il est tôt… trop tôt et le fait d’être enrhumé n’arrange pas les choses.
    PS: ne pas boire de jus d’orange quand on a mal à la gorge… ça pique trop.

    1. Hello !
      Oui ce métier est très demandeur en temps, en espace mental quand tu veux t’y impliquer. Tu as fait un bilan de compétences pour t’aider à sortir du flou? haha oui, c’était très clair, ne t’inquiète pas ! xD

      Bon cheminement vers une vie moins accaparée par ton travail ainsi !! 😀

      PS: Non, bois plutôt du thé avec du miel, ça passe mieux !

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